samedi 24 juin 2017

Fête nationale 2017: Quel Québec pour la jeunesse, les travailleur-euse-s et les masses populaires?

Déclaration conjointe du Parti communiste du Québec et de la Ligue de la jeunesse communiste du Québec

À l’occasion de la Fête nationale du Québec, le Parti communiste et la Ligue de la jeunesse communiste du Québec saluent toutes les forces progressistes mobilisées contre la domination de notre économie par les intérêts des banques et des grandes compagnies, contre les plans d’austérité du gouvernement Couillard, contre les forces d’extrême-droite racistes, islamophobes, homophobes, identitaires, misogynes et racistes, contre la destruction de notre environnement, contre le libre-échangisme; pour un salaire minimum décent, pour la gratuité scolaire, pour la reconnaissance, le respect et l’extension des droits des nations autochtones.

Cette année, la célébration de la Fête nationale du Québec se déroule dans un contexte politique, social et économique marqué par l’approfondissement de la crise économique et la fuite en avant de l’impérialisme qui, toujours plus avide de profits, ne recule devant rien pour satisfaire son besoin de faire main basse sur l’accès à de nouveaux marchés, à des ressources et une main d’œuvre à bon marché. En corolaire, le danger d’une guerre mondiale ou d’un conflit globalisé n’est pas qu’une menace rhétorique. La destruction de notre environnement générée par l’ « extractivisme » effréné du capitalisme menace notre viabilité sur la Terre. Les forces d’extrême-droite, confortées par la victoire de Donald Trump aux États-Unis, refont surface, encouragées par la classe dirigeante qui les utilise dangereusement comme repoussoir. L’islamophobie atteint des sommets avec une hausse considérable des crimes contre les personnes de confession musulmane, dont l’attentat à la Mosquée de Québec n’est qu’un exemple.

Le Québec capitaliste dans lequel nous vivons n’a rien d’autre à offrir à la jeunesse, aux travailleurs-euses et aux masses populaires que des salaires de misère, des études à prix exorbitants et le chômage. Devant cette situation désespérée, il est à propos de poser la question du Québec que nous voulons construire.

 Cette année en particulier, poser cette question, alors que la St-Jean survient à une semaine des festivités entourant le 150e anniversaire du Canada, c’est aussi poser la question, toujours latente, du lien entre le Québec et le reste du Canada. Philippe Couillard, motivé par des calculs politiciens voulant forcer le PQ à la surenchère nationaliste, a timidement proposé que soit rouverte la Constitution canadienne, ce à quoi Justin Trudeau a, sans surprise, répondu par la négative. Ceci prouve à nouveau que la question nationale au Québec et au Canada est loin d’être réglée, quoi qu’en dise le Premier Ministre du Canada.

Communistes, nous sommes d’avis que la question de la société que nous voulons construire ne peut être posée hors du cadre national, mais nous estimons également que la question nationale ne peut être comprise en dehors du cadre plus général de la lutte que nous devons mener contre l’austérité, pour une démocratie avancée, pour la paix, contre l’impérialisme et pour le socialisme.

Ainsi, nous considérons le Canada actuel non pas comme un État-nation, mais comme un État multinational dont les 150 ans d’histoire sont marqués par l’oppression d’une nation sur plusieurs autres, à commencer par les nations autochtones victimes d’un génocide historique et des legs du colonialisme, jusqu’au Québec en passant par la nation acadienne et les minorités nationales francophones du reste du Canada. C’est pourquoi nous reconnaissons le Québec comme une nation et nous nous mobilisons pour que soit garanti son droit à l’autodétermination jusqu’à et y compris le droit de se séparer. Toutefois, la reconnaissance de ce droit ne signifie pas que nous soyons actuellement en faveur de son application.

Si nous estimons qu’aujourd’hui, le statu quo représente le pire cas de figure quant à l’inégalité nationale, nous estimons que l’indépendance du Québec servirait bien plus les intérêts des entreprises québécoises désireuses de se servir du levier d’un État québécois indépendant, plus intégré sans doute aux marchés états-unien et européen, que ceux des travailleur-euse-s et de la jeunesse de notre nation. La classe ouvrière et les mouvements progressistes de chaque nation constituant le Canada ont besoin s’unir pour être en mesure de chasser la bourgeoisie du pouvoir et créer une société nouvelle juste, équitable et sans exploitation. Mais ils ne parviendront à s’unir que sur une base d’égalité nationale.

Au contraire, pour mener à bien le projet d’indépendance la classe ouvrière et les forces progressistes se retrouvent condamnées à faire primer l’unité avec la bourgeoisie nationale nécessaire à sa réalisation. Cela consacre du même coup la division qui existe déjà au sein de la classe ouvrière et des forces progressistes canadiennes et qui affaiblit leur lutte contre leur ennemi commun, le capitalisme et l’impérialisme.

Dans le contexte international actuel, l’unité de la classe ouvrière et des forces progressistes canadiennes constitue le rempart le plus efficace contre l’avancement des positions de l’impérialisme états-unien.

Toutefois, dans le cadre de la Constitution canadienne actuelle, l’unité des forces progressistes de chaque nation du Canada est irréalisable compte tenu de l’oppression nationale qui y est contenue. C’est pourquoi nous appelons à ce que les forces progressistes et populaires du Québec, au lieu de tomber dans le piège du chauvinisme identitaire ou encore de succomber aux chants des sirènes nationalistes, se mobilisent, non pas pour rouvrir la constitution canadienne, mais bien pour la changer de sorte que celle-ci adopte comme principe fondamental l’égalité nationale.

Réduire le débat sur la question nationale à une simple opposition entre le statu quo et la séparation revient à confiner le débat dans les termes voulus par la classe dirigeante. Les militant-e-s de Québec solidaire, en appuyant la formation d’une Assemblée constituante pour le Québec, avec un mandat ouvert quant à la relation entre le Québec et le Canada, pavent la voie à l’adoption d’un règlement démocratique à la question nationale.

Ainsi, le Parti communiste et la Ligue de la jeunesse communiste proposent une république confédérée des différentes nations. Cette république disposerait, au niveau central, de deux chambres. La première de ces deux chambres serait similaire à la Chambre des Communes actuelle mais les député-e-s qui la composeraient, seraient élus au moyen d’un nouveau système de représentation proportionnelle. L’autre chambre, qui remplacerait l’actuel Sénat, serait une Chambre des Nationalités, constituée d’un nombre égal d’élu-e-s provenant du Québec et du Canada anglophone, et d’un nombre garanti et important pour les peuples autochtones, acadien et métis. Chaque chambre aurait le droit de proposer des projets de lois, qui ne deviendraient lois que si les deux chambres les adoptent. De plus, les peuples autochtones auraient le droit de veto sur toute question concernant leur développement national. Cette structure protègerait ainsi les deux principes démocratiques fondamentaux que sont l’égalité des droits des nations, quelle que soit leur taille, et la règle de la majorité.

Une Constitution vraiment démocratique devrait corriger les injustices historiques subies par les peuples autochtones. Cela implique la reconnaissance de la pleine égalité de leurs droits économiques, sociaux, nationaux et politiques, ainsi que le règlement juste de leurs revendications territoriales sur la base des droits découlant des traités et des revendications des peuples autochtones. Les droits et les revendications des femmes autochtones devraient aussi être respectés. Le droit des nations à l’autodétermination serait enchâssé dans la Constitution canadienne.

C’est à travers cette lutte pour une solution fondamentalement démocratique à la question nationale partout à travers le Canada que se bâtira une solidarité entre les forces ouvrières et progressistes, et ce n’est que moyennant cette solidarité, cette unité, que nous arriverons à faire courber durablement l’échine au patronat et aux grandes entreprises.

jeudi 22 juin 2017

Politique de Défense nationale ou politique de guerre?

Un article du Collectif Échec à la Guerre sur la nouvelle Politique de Défense du Canada

Le 7 juin dernier, le gouvernement Trudeau a dévoilé la nouvelle Politique de Défense du Canada, intitulée « Protection, Sécurité, Engagement ». Cette politique, pas vraiment nouvelle, consolide la logique de militarisation de nombreuses sphères de la vie sociale mise de l‘avant par le gouvernement Harper. De plus, elle renforce le partenariat militaire avec les États-Unis et privilégie des interventions militaires musclées pour « augmenter la paix et la sécurité dans le monde ».

La Politique prévoit une augmentation du budget du ministère de la Défense nationale de 70 % en dix ans, passant de 18,9 milliards en 2016-2017 à 32,7 milliards en 2026-27. Le gouvernement aurait cédé aux pressions du Président Trump pour que les pays membres de l’OTAN augmentent leurs contributions en vue d’atteindre l’objectif de 2 % du produit national brut (PIB). On est en droit de se demander quelle menace pèse tant  sur le Canada pour justifier une telle augmentation de dépenses militaires dans un contexte d’austérité, alors que le Canada ne contribue qu’à hauteur de 0,26 % à l’aide publique au développement et que les besoins sociaux au pays sont si criants.

L’engagement du Canada auprès de NORAD, de l’OTAN et du complexe militaro-industriel

Loin d’assurer « protection et sécurité », la Politique annonce plutôt « l’engagement ferme du Canada auprès de NORAD et de l’OTAN » et sa volonté d’être « un acteur crédible et engagé à l’échelle internationale ». Mais comment le Canada peut-il prétendre travailler pour la paix dans le monde en participant aux missions offensives menées sous l’égide de l’OTAN, alors que l’OTAN n’est ni plus ni moins que le bras armé de l’impérialisme étatsunien. Une réelle sécurité collective passe plutôt par une rupture avec cette vision militariste et fondamentalement expansionniste.

La Politique contient en outre beaucoup de promesses d’achat – navires de combat de surface, chasseurs sophistiqués, avions de surveillance et de guerre sous-marine, systèmes télépilotés, communément appelés « drones », et matériel spatial. La Politique prévoit aussi que le Canada se dotera de la capacité d’intervenir sur plusieurs fronts à la fois, c’est-à-dire de mener des guerres simultanément dans plusieurs pays. Est-ce que ces achats visent réellement à protéger la population canadienne ou visent-ils plutôt à favoriser le complexe militaro-industriel, notamment son commerce international des armes? L’achat annoncé d’équipements de pointe destinés à augmenter les capacités de renseignement permettra au Canada de poursuivre son rôle de surveillance des populations au sein de l’alliance des services de renseignement des Five Eyes, (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et États-Unis) bien plus qu’il ne contribuera à protéger la population canadienne.

Une consultation qui n’en était pas une
 
Le Ministre canadien de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a fait valoir que cette politique était le fruit d’une vaste consultation. Or, cette consultation a été très peu publicisée, s’est déroulée pendant la période estivale de 2016 et visait avant tout le personnel du Ministère de la Défense, l’armée, l’industrie militaire, les alliés et les « experts ». Pourtant nous avons déjà été nombreux à questionner l’objectif réel des interventions militaires canadiennes en Afghanistan et en Libye. Ces expéditions, contraires au droit international, créent le terreau pour la prolifération de groupes armés, comme l’EI, et ne contribuent en rien à la « paix et la sécurité dans le monde ». Elles consolident ce que Naomi Klein appelle le capitalisme du désastre qui ne profite qu’à des chefs de guerres et à des compagnies privés de sécurité, et ce au mépris des aspirations de justice, de dignité et de démocratie des peuples concernés.

Rappelons également que les grandes lignes de la Politique ne faisaient pas partie du programme électoral de Justin Trudeau. En somme, le gouvernement libéral n’avait pas de mandat pour présenter une telle politique de « défense ».

Ne nous leurrons pas : 14 milliards de dépenses supplémentaires en matériel militaire ne serviront ni la cause de la paix ni celle de la stabilité dans le monde. Tout comme le port d’armes par des individus ne diminue pas le taux de violence, l’accumulation d’armes de plus en plus sophistiquées et meurtrières par des pays dont le Canada n’est pas une garantie de sécurité. Loin de là. La Politique contribue plutôt à la montée du terrorisme et à l’insécurité mondiale, et annonce des guerres à venir.

Judith Berlyn
Martine Eloy
Mouloud Idir
Molly Kane
Suzanne Loiselle

mercredi 17 mai 2017

Ziouganov: la Révolution socialiste d’Octobre a été un tournant dans l’évolution de l’humanité.

Interview du Président du Comité central du Parti communiste, Ziouganov, par l’agence chinoise de nouvelles Xinhua (publié dans la Pravda). Traduit par Marianne Dunlop pour « Histoireetsociete » et disponible sur le site de Initiative-communiste en France.

– Aujourd’hui en Russie l’évaluation du rôle et de la signification de la Grande Révolution socialiste d’Octobre varie dans une gamme allant de « coup d’Etat » à « le plus grand événement du XXe siècle ». Comment évaluez-vous le rôle historique de la révolution et son importance pour la lutte de libération nationale des peuples de nombreux pays, dont la Chine ?

 

– La Grande Révolution socialiste d’Octobre est un événement considérable dans l’histoire du monde. Permettez-moi de vous rappeler : en 2017, les communistes et toutes les forces progressistes du monde vont célébrer son centenaire. Cet événement a été un tournant dans l’évolution humaine. Ce fut le début de la transition du capitalisme à une formation socio-économique plus progressiste.
La révolution socialiste était théoriquement fondée dans les œuvres de Karl Marx et Friedrich Engels. Sa mise en œuvre dans la pratique revint aux bolcheviks russes, dirigé par Vladimir Ilitch Lénine – grand penseur, leader du mouvement révolutionnaire international, créateur du premier État ouvrier et paysan dans le monde.

Il convient de le rappeler : l’inéluctabilité de bouleversements révolutionnaires en Russie n’a pas été prédite que par les bolcheviks. Un monarchiste convaincu comme était Menchikov, un homme honnête et intelligent, avait annoncé l’effondrement de la monarchie des Romanov. Après la révolution bourgeoise de février, il a écrit que nous ne devrions pas regretter le passé, qui avait été condamné à mort au début de la Première Guerre mondiale.

Appeler les événements d’Octobre 1917 un coup d’État venu d’en haut dénote une personne complètement ignorante ou très partisane. Quoique les tentatives de fausser la valeur de la première révolution socialiste sont susceptibles de se poursuivre aussi longtemps que le capitalisme existera. Mais nous devons bien comprendre une chose : aucune conspiration élitiste, même en cas de succès, ne peut changer les fondements mêmes de la vie du pays, ne peut avoir d’effet à une échelle planétaire.

Vous soulignez à juste titre que l’évaluation du rôle de la Grande Révolution d’Octobre dans notre pays diffère. Il y a ceux qui croient à juste titre : la Russie aurait cessé d’exister sans l’arrivée des bolcheviks au pouvoir. Elle aurait été brisée en plusieurs morceaux par les protectorats britannique, français, américain, japonais. Et cela n’est pas seulement un « point de vue ». C’est une déduction sur la base des faits historiques. Le Parti communiste reste ferme sur cette position.

On rencontre aujourd’hui des gens en Russie qui n’ont à la bouche que des malédictions à l’égard des bolcheviks et du régime soviétique. Cependant, ce n’est pas le cas général. Le peuple russe pour la plupart a un jugement positif sur les événements d’Octobre 1917, sachant très bien qu’ils étaient bons pour le pays. Ce que confirment un grand nombre de sondages de ces vingt dernières années.

La fracture concernant le passé soviétique dans notre pays est entre le peuple d’un côté et « l’élite » pro-occidentale de l’autre. C’est cette « élite » qui essaye justement de dénigrer, de diffamer les plus grands jalons de notre passé. Dans la propagande russe moderne, des forces considérables sont consacrées à la falsification de l’histoire soviétique. Malheureusement, les cercles libéraux continuent d’occuper des postes influents dans la politique, l’économie, l’information et la sphère culturelle. Ils mènent une campagne antisoviétique enragée et rêvent de jeter de leur piédestal les figures historiques exceptionnelles de Lénine et de Staline. Ils attentent même à notre victoire, la mémoire sacrée de la Grande Guerre patriotique.

Le Parti communiste repousse activement ces attaques perfides, défend la vérité et la justice. Maintenant, notre parti se prépare pour le 100ème anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre. L’an dernier, nous avons organisé à ce sujet deux plénums du Comité central. Il est prévu une série d’événements commémoratifs, y compris internationaux.

Soulignant l’importance de la Grande Révolution d’Octobre, le Parti communiste insiste sur la nature non aléatoire, non fortuit de la révolution socialiste en Russie. Longtemps avant Octobre 1917, Lénine avait démontré son caractère inéluctable. Développant de manière créative la théorie marxiste, il a analysé la transition vers un stade supérieur du capitalisme – l’impérialisme. Les caractéristiques principales de cette nouvelle étape sont : l’émergence de monopoles, la formation du capital financier, l’achèvement de la division coloniale du monde. Dans cette configuration la concurrence capitaliste perdure et donne lieu à un développement inégal dans les différents pays.

Sur cette base, Lénine fait une autre conclusion : l’émergence de maillons faibles de la chaîne capitaliste. C’est là que la chaîne capitaliste peut être brisée. La révolution socialiste peut d’abord gagner dans quelques pays ou même dans un seul pays.

Une analyse approfondie a convaincu Lénine que le maillon le plus faible dans la chaîne de l’impérialisme était l’Empire russe. Notre pays était un enchevêtrement de contradictions aiguës entre le prolétariat et la bourgeoisie, entre la bourgeoisie et la superstructure féodale tsariste, entre les propriétaires fonciers et les paysans. Le fossé se creusait au sein de la paysannerie. La question agraire et la question des nationalités réclamaient une solution urgente.

La Première Guerre mondiale a exacerbé à un point extrême la pauvreté et la détresse des classes opprimées. En Russie, il y avait une situation révolutionnaire. Les conditions objectives de la révolution se sont trouvées réunies avec les actions de masse de la classe d’avant-garde. Ses meilleurs représentants se sont organisés en un parti politique – le parti des bolcheviks. Prenant ses débuts avec « Iskra » (l’Etincelle), le bolchevisme de Lénine a trouvé une forme institutionnalisée au IIème Congrès du POSDR en 1903. Déjà au cours de la première révolution russe, il a confirmé dans la pratique la justesse de sa ligne.

En Octobre 1917, le parti de Lénine a remporté un fort soutien de tous les travailleurs de Russie. Les bolcheviks ont pu entendre, comprendre et exprimer le langage politique des aspirations profondes du peuple. Le pays tout entier a entendu leurs slogans : « La Paixaux peuples ! », « La Terreaux paysans ! », « Les usinesaux travailleurs ! », « Le Painà ceux qui ont faim ! », « Le Pouvoiraux Soviets ! ». Le succès de la première révolution socialiste du monde était garanti.

Ainsi, l’une des réalisations les plus importantes de Lénine est qu’il a évalué précisément le moment historique pour l’accomplissement d’une révolution socialiste victorieuse en Russie. Avant cela, l’arène principale de la lutte pour le socialisme se trouvait en Europe occidentale. Mais sur la base des conclusions de l’ouvrage « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », Lénine a brillamment prédit le transfert du centre du mouvement révolutionnaire en Russie. Et il avait raison ! La révolution socialiste dans notre pays a gagné.

Toutefois, il était nécessaire non seulement de prendre le pouvoir, mais aussi de le garder. Contre la jeune République soviétique, 14 pays ont pris les armes. Sur la base de la contre-révolution interne, ils ont commencé à déchirer la Russie du dehors. La bourgeoisie russe et les propriétaires fonciers vendaient à gauche et à droite les intérêts nationaux. C’est la résistance et la volonté du Parti bolchevik, s’appuyant sur les masses populaires, qui a sauvé notre pays de la destruction.

Quand les envahisseurs et leurs complices ont été expulsés, une autre tâche est apparue, pas moins difficile : assurer la construction d’une nouvelle vie. Au début de 1921, la Russie soviétique était dans une situation désespérée. Le pays avait été dévasté par deux guerres : la Première Guerre mondiale et la Guerre civile. La production industrielle avait chuté de près de cinq fois. Le volume de la production agricole avait été divisé par deux. Les victimes de la guerre, de la famine, des épidémies constituaient pas moins de 25 millions de personnes.

Aujourd’hui, on ne peut qu’admirer la sagesse des bolcheviks, qui, en quelques années, ont essayé plusieurs options pour la politique – du communisme de guerre à la nouvelle politique économique et au plan d’électrification. Dans les années 1922-1929, juste avant le premier plan quinquennal, plus de 2.000 grandes entreprises industrielles ont été construites. Sur le plan économique, le pays a atteint le niveau de 1913.

Mais une nouvelle guerre mondiale se préparait. Dans ces circonstances, il fallut faire un énorme bond en avant, pour créer des secteurs entiers de l’économie. Sans cela, la survie de l’Union soviétique n’aurait pas été possible. Au cours des 10 ans qui ont précédé la guerre, nous avons été capables de parcourir le chemin accompli par l’Europe en un siècle. 9.000 nouvelles entreprises ont été construites. Notre pays à moitié illettré a appris à lire et à écrire, et est devenu le meilleur dans le domaine des sciences. Sans cela, il n’y aurait pas eu la victoire dans la Grande Guerre patriotique. Et par conséquent, on ne peut séparer l’une de l’autre ces deux grandes dates : 1945 et 1917. Ces deux événements sont des étapes étroitement liées entre elles dans la voie socialiste.

Les réalisations exceptionnelles des bolcheviks ne se sont pas exprimées seulement sur le terrain économique. Elles ont mis fin à l’oppression nationale et créé une communauté unique – le peuple soviétique. La construction du socialisme a été l’œuvre de toutes les nationalités de l’URSS.

La Révolution d’Octobre n’avait pas qu’une dimension russe. C’est un événement universel. Pour le dixième anniversaire d’Octobre, Staline a écrit, « on ne peut pas considérer la Révolution d’Octobre seulement comme une révolution dans des limites nationales. C’est, avant tout une révolution à l’échelle mondiale, internationale, car elle signifie un tournant radical dans l’histoire mondiale de l’humanité, un passage de l’ancien monde, capitaliste, au nouveau monde socialiste. ».

La première victoire du socialisme sur la planète a eu une influence décisive sur le processus historique mondial. Un exemple a été donné, qui a été suivi dans de nombreux pays. Le mouvement de libération nationale des peuples opprimés a reçu une impulsion extrêmement puissante. Leur libération de l’esclavage colonial a été rendue possible.

Pour le peuple chinois, les idées d’Octobre ont été d’une importance considérable. En 1918, le leader du mouvement révolutionnaire démocratique chinois Sun Yat-sen a envoyé un télégramme à Lénine et au gouvernement soviétique, dans laquelle il souhaitait un plein succès à la Russie soviétique et exprimait l’espoir que « les partis révolutionnaires de Chine et la Russie se réunissent pour une lutte commune ».

Je suis tombé récemment sur un document historique très intéressant : la Proclamation du Conseil des commissaires du peuple de la RSFSR au peuple chinois datée du 25 Juillet 1919. Elle confirme le rejet complet par le pouvoir soviétique des droits et privilèges spéciaux obtenus par le gouvernement tsariste en Chine à la suite des traités inégaux. Dans l’histoire chinoise, il n’y a pas d’autre cas où des étrangers ont renoncé volontairement à leurs avantages. Le document, en particulier, déclare : « Si les Chinois veulent devenir, comme les Russes, un peuple libre… ils doivent comprendre que leur seul allié et frère dans la lutte pour la liberté, ce sont les travailleurs et les paysans russes et leur Armée rouge. ».

Le 1 juillet 1921 à Shanghai a été créé le Parti communiste chinois, inspiré par l’héritage révolutionnaire de la Grande Révolution d’Octobre. C’était un parti politique de la classe ouvrière chinoise, basé sur les principes du marxisme-léninisme. Le PCC a dû suivre une voie extrêmement difficile. Mais ses efforts ont été couronnés de succès. Le parti a su se mettre à la tête des forces progressistes du pays. Il a conduit à la victoire de la révolution anti-impérialiste et antiféodale en Chine, posant les bases de tous les progrès et réalisations modernes de la Chine.

Je voudrais rappeler les paroles de Mao Zedong, « Les salves de la Révolution d’Octobre nous ont apporté le marxisme-léninisme. La Révolution d’Octobre a aidé les gens progressistes du monde, y compris en Chine, à reconsidérer leurs problèmes, appliquant l’idéologie prolétarienne pour déterminer le sort de leur pays ». Les communistes chinois ont réussi, de même que les bolcheviks russes, à unir leur pays et à l’amener sur une trajectoire allant résolument en avant.

Ainsi, la Grande Révolution d’Octobre, les idées de Lénine et de Staline ne sont pas la propriété des seuls Russes. Elles appartiennent à l’humanité tout entière. Elles appartiennent à la Chine, qui sous la direction du Parti communiste fait la démonstration au monde entier des merveilles de son développement socio-économique.

– Comment, avec le recul, évaluez-vous le rôle de figures historiques comme Lénine, Staline, Gorbatchev ?

 

– La vie socio-politique de la Russie moderne montre clairement un affrontement de deux principes idéologiques, un principe créateur et un principe destructeur. Chacun d’entre eux est associé dans l’esprit des citoyens du pays à l’activité de divers personnages historiques.

Les noms de Lénine et de Staline sont associés à tous les succès les plus importants de notre pays au XXème siècle. Sous la bannière de la Grande Révolution d’Octobre a été créé le premier État socialiste au monde, ont été transformées toutes les sphères de la vie dans la société soviétique, a été remportée la victoire sur le fascisme allemand dans la guerre la plus terrible qui soit, a été défait le militarisme japonais, a été rapidement rétablie l’économie nationale. Ensuite, nous avons créé la parité nucléaire avec les États-Unis et nous fumes les premiers à sortir dans l’espace. Tout cela et plus encore fut la conséquence directe de la Révolution accomplie en Octobre 1917.

Lénine et Staline étaient les fondateurs de notre parti et de l’État soviétique. Mais leurs personnages ne doivent en aucun cas être considérés comme des pièces de musée d’une époque révolue. Ils doivent nous inspirer dans notre vie, dans notre lutte et notre travail quotidien. Leur héritage doit être étudié, et leurs idées être mises en pratique et développées.

En réponse à ceux qui tentent de discréditer les noms de ces grands hommes, voici deux citations. La première : « Je respecte en Lénine un homme, qui avec une abnégation complète a donné toutes ses force à la mise en œuvre de la justice sociale… Les gens comme lui sont les gardiens et les rénovateurs de la conscience de l’humanité ». La deuxième citation se rapporte à Staline : « Personnellement, je ne ressens rien d’autre que la plus grande admiration pour ce grand homme, le père de son pays… ».

A qui appartiennent ces déclarations ? – demandez-vous. L’auteur de la première est Albert Einstein – l’un des esprits les plus profonds dans l’histoire du monde. La seconde appartient à Winston Churchill, qui détestait le socialisme, mais qui a trouvé le courage de reconnaître la grandeur des réalisations de Staline. A tous les Pygmées, qui tentent de noircir les noms des géants – Lénine et Staline, je vous conseille de mémoriser les lignes citées ci-dessus.

Vladimir Lénine fut un homme d’État à nul autre pareil. Il a réussi à créer un parti qui a pris sur lui de construire le premier État socialiste du monde. Il a grandi dans une famille heureuse, était entouré par l’amour et la prospérité, a brillamment achevé ses études à l’école secondaire. Il aurait pu mener une vie tranquille et heureuse. Mais Lénine s’est consacré à la lutte pour la justice et les intérêts des travailleurs. Il a créé un état où les valeurs principales étaient l’humanisme, le travail, la justice, où les représentants de chaque nation, grandes et petites, sentaient la confiance dans l’avenir.

Aujourd’hui on trouve les œuvres complètes de Lénine dans toute bibliothèque sérieuse à travers le monde. Ses écrits ont été traduits dans presque toutes les langues. Je dis souvent à nos adversaires : Donnez-moi un second exemple d’un tel génie, penseur, homme politique, homme d’État. Il n’y a pas de tels exemples !

Deux des crises les plus aiguës du capitalisme ont entraîné deux guerres mondiales. Notre pays s’est trouvé au centre de ces événements. Depuis la première il a été tiré par la Grande Révolution d’Octobre dirigée par Lénine, de la seconde par la Grande Victoire dirigée par Staline.

L’URSS sous la direction de Staline se hissa en quelques années au rang des trois premières nations les plus puissantes du monde. Un système a été mis en place qui a rendu possible la victoire sur le fascisme. Les éléments de ce système étaient le développement de l’économie, la capacité de combat de l’Armée rouge, et l’école soviétique, qui a formé des combattants courageux, intelligents et audacieux. Hitler a conquis toute l’Europe continentale, avec ses usines, ses ports, ses aérodromes, mais il s’est cassé les dents sur l’héroïsme de notre peuple, la puissance scientifique et technique de l’Union soviétique.

Le talent de chef militaire de Staline est reconnu par tous ceux qui ont travaillé avec lui pendant la guerre : Joukov, Rokossovsky, Koniev, Vassilevsky et d’autres. En tant que commandant en chef, il connaissait la situation opérationnelle et a dirigé le travail de toutes les opérations offensives majeures.

Staline comprenait que seul un puissant bloc de pays socialistes pourrait résister à l’agression du capital mondial. Le rôle principal dans sa création après la Seconde Guerre mondiale revint à l’URSS et à la Chine. L’Union soviétique fut le premier pays au monde à reconnaître la République populaire de Chine. C’était le 2 octobre 1949 – le lendemain de la proclamation de la République populaire de Chine. Quelques mois plus tard, en février 1950, a été signé par le traité sino-soviétique d’amitié, alliance et assistance mutuelle. La direction de Staline a tendu au peuple chinois une main fraternelle pour la construction de l’État, l’armée, la formation de spécialistes. L’alliance stratégique de Moscou et Pékin est devenue une véritable menace pour l’hégémonie des États-Unis d’Amérique.

Quant à Gorbatchev, il ne mérite pas même la simple mention de son nom à côté de Lénine et de Staline. Gorbatchev, Yakovlev, Chevardnadze, Yeltsine et leurs complices ont commis le crime le plus grave devant leur peuple et l’humanité tout entière – ils ont détruit l’Union soviétique. Ils ont ouvertement bafoué les résultats du référendum de mars 1991. Alors que la grande majorité des participants avaient voté pour le maintien de l’Union soviétique.

Il faut se rappeler que l’URSS était une civilisation entière : 190 nations et nationalités, 40 religions et confessions religieuses, 10 fuseaux horaires, presque toutes les zones climatiques. Il n’existait pas au monde de formation étatico-politique plus sophistiquée. Ignorant tout cela, Gorbatchev par ses actions a miné l’unité nationale et les fondements de l’État.

En conséquence, l’Union soviétique a été détruite. Le pays a connu la honte des « folles années quatre-vingt-dix ». Plus de 80.000 entreprises ont été détruites. L’un après l’autre des conflits sanglants ont éclaté. Leurs victimes se comptent en centaines de milliers de personnes, et il y eut 9 millions de réfugiés. Donc, aujourd’hui, quand Gorbatchev parle de la restauration du capitalisme en Russie sans effusion de sang, cela suscite seulement la colère et le ressentiment. Il suffit de regarder les événements où sont plongés aujourd’hui nos frères ukrainiens. Le chaos, l’effusion de sang, l’appauvrissement des masses – voilà ce qui se passe là-bas ces dernières années. Et c’est une des conséquences directes de la trahison de Gorbatchev.

Le nom de Gorbatchev en Russie aujourd’hui est perçu comme un synonyme de trahison nationale, comme un symbole de trahison de la cause socialiste et de mépris des intérêts des travailleurs. Avec ce nom sont fermement associés des événements de notre histoire récente, comme la négligence de l’exploit du peuple soviétique, l’humiliation devant les États-Unis, l’acceptation des politiques néocoloniales de l’Occident. Dans l’esprit populaire la « perestroïka » de Gorbatchev est perçue comme toute une série de défaites et de crimes. Dans ses documents politiques, le Parti communiste a donné une évaluation objective des activités destructrices de cette girouette.

– Après l’effondrement de l’Union soviétique et l’interdiction du PCUS, le mouvement communiste en Russie a connu des moments difficiles. Comment vous et vos collègues avez-vous réussi à préserver la dignité, la loyauté envers les idéaux, à surmonter toutes les difficultés et recréer le Parti communiste ?

 

– L’époque était vraiment difficile. La contre-révolution bourgeoise et la destruction de l’Union soviétique furent une épreuve pour notre pays, et pour le mouvement communiste international.

Des millions de citoyens soviétiques ne pouvaient imaginer dans leur pire cauchemar que la direction du parti et du pays allaient les emmener sur la route de la trahison, de la destruction de l’État. Tout cela a semé une certaine confusion dans les rangs des communistes et de leurs partisans. Mais, en dépit de la trahison de la direction du parti, beaucoup sont restés fidèles à leurs idéaux. Les communistes russes n’ont pas permis l’enterrement de la cause du socialisme dans notre pays. Ils ont recréé le Parti communiste, ils se sont engagés courageusement sur le chemin de la lutte pour la renaissance de la patrie socialiste.

Permettez-moi de vous rappeler que, dans la période d’août à novembre 1991, les nouvelles autorités russes « démocratiques » ont d’abord suspendu puis interdit les activités du PCUS et de son organisation en Russie, le Parti communiste de la RSFSR. La propriété du parti a été confisquée. À une époque où tout à coup, avaient apparemment disparu les repères idéologiques, et même moraux, de nombreux membres du parti interdit étaient démoralisés. Il y en a même eu qui ont pris part à la « croisade » contre le socialisme. Le pays a mis en place une campagne féroce pour discréditer le parti et les idées communistes. En Russie on a monté « l’affaire du PCUS ». Des tentatives ont été faites pour organiser un procès contre ce parti et cette idéologie qui avaient conduit le peuple soviétique à la victoire sur le fascisme.

A cette époque, la « thérapie de choc » du gouvernement de Gaïdar a fortement augmenté la tension sociale dans le pays. En quelques semaines, la plupart de nos citoyens sont tombés dans la misère. La colère du peuple s’est déversée dans les rues. Et là, le nouveau gouvernement, prétendument « démocratique », s’est révélé dans toute sa splendeur. Yeltsine et ses acolytes ont eu recours à maintes reprises à la force brute.

Ainsi, le 23 février 1992, anniversaire de l’armée soviétique, la manifestation des patriotes de gauche a été matraquée en plein centre de Moscou. Plus tard l’usage de la force contre les citoyens manifestant pacifiquement s’est répété régulièrement. Le point culminant de cette confrontation a été l’attaque du Soviet suprême élu par le peuple de la RSFSR et le massacre de ses partisans en septembre-octobre 1993.

Pour moi, il est évident que l’exigence de justice sociale dans la société russe était très forte. Mais au cours des manifestations de 1992-1993, il manquait clairement un noyau organisateur. L’objectif principal dans ces circonstances était de faire revivre le Parti communiste, force politique des masses ouvrières. Le travail pour sa reconstruction s’est poursuivi sans relâche, malgré la forte pression politique, psychologique et administrative. Devant la Cour constitutionnelle, nous avons été en mesure de contester le décret Yeltsine interdisant les activités du parti.

Les 13-14 février 1993, s’est tenu le IIème Congrès extraordinaire des communistes russes. Après une interdiction de presque un an et demi, il a annoncé la reprise des activités du parti, qui a pris le nom de Parti communiste de la Fédération de Russie. En mars de la même année, le Parti communiste a été officiellement enregistré auprès du ministère de la Justice de la Russie. Après de dures épreuves, non seulement le parti a été officiellement relancé, mais est également devenu une force d’opposition de premier plan dans le pays.

Bien sûr, la voie n’a pas été facile. Nous devions travailler dans des conditions spéciales. Nous avons pleinement vécu la tyrannie de la machine répressive de Yeltsine et l’orgie médiatique « démocratique ». Nos militants ont connu des tentatives de corruption et des menaces. Souvent leurs familles ont subi des pressions. Mais nos camarades ont résisté avec honneur. Et dans ces conditions difficiles, l’exemple de la Chine socialiste – sa montée en puissance rapidement et ses succès – fut très important pour nous.

En décembre 1993, le Parti communiste à peine reconstitué a remporté 12% dans les premières élections à la Douma d’État. C’était seulement deux mois après l’attaque contre le Soviet suprême dans les jours « d’Octobre noir ». Beaucoup de gens craignaient ouvertement des représailles du régime Yeltsine. Mener la campagne sous la bannière du Parti communiste après le tir des chars dans le centre de Moscou était un acte qui exigeait du courage. Et les gens qui sont venus au Parti communiste, en ont donné la pleine mesure.

Aux élections à la Douma deux ans plus tard, nous obtenions déjà 22% des votes. Et à l’élection présidentielle nous avons combattu Yeltsine à armes égales en 1996. Le principal mérite en revient aux militants de base du Parti communiste, qui étaient prêts à travailler dans des conditions extrêmement difficiles. Ils ont fait renaître notre parti à travers le pays –il y a des cellules dans les coins les plus reculés de la Russie. Quand quelqu’un soulève la question de « l’or du parti », je réponds avec assurance qu’il y a vraiment là de l’or. Ce sont ces gens exceptionnels – nos compagnons de combat.

– Quelle est aujourd’hui l’influence du Parti communiste en Russie ? Combien d’adhérents ? Quels sont les objectifs que vous vous fixez dans les prochaines élections à la Douma d’État ?

 

– Prenant sa source dans le Parti bolchevik fondé par Lénine, le Parti communiste a toujours défendu les droits des travailleurs salariés et les intérêts nationaux de la Russie. Depuis un quart de siècle, notre parti se bat contre la restauration capitaliste, utilisant à la fois la tribune parlementaire, et le travail parmi les masses. Notre objectif stratégique est de construire en Russie un socialisme renouvelé, le socialisme du XXIème siècle.

Malgré la pression administrative et la propagande anti-communiste constante, nous conservons la place de principal parti d’opposition. Contrairement aux autres partis russes, le Parti communiste a une structure ramifiée de ses organisations à travers le pays. Seul le parti « Russie unie » peut se mesurer à nous. Le Parti communiste possède 81 fédérations régionales, plus de deux mille sections locales et près de 14.000 cellules de base.

Dans les rangs du parti, il y a plus de 160.000 membres. Je note pour le lecteur chinois que, à la veille de la Grande Révolution socialiste d’Octobre, le Parti bolchevik avait environ 40.000 membres.

Aujourd’hui, nous ne pouvons que nous réjouir que les rangs du Parti communiste acceptent beaucoup de jeunes. Pour augmenter le niveau de formation des jeunes communistes a été créé le Centre d’étude politique du Comité central du Parti communiste. Depuis près de trois ans, il a formé plus de 600 de nos jeunes camarades. Ce sont eux qui constituent la réserve de cadres du parti.

Mais la puissance du Parti communiste ne s’arrête pas là. Le Parti communiste a des millions de sympathisants dans différentes tranches d’âge et groupes professionnels. Auprès des communistes fonctionnent la Ligue de la Jeunesse Communiste Léniniste, « l’Union des Femmes russes-Espoir de la Russie », un certain nombre de syndicats indépendants et les organisations d’anciens combattants et de nombreuses organisations patriotiques de gauche. Tous ensemble, ils forment un réseau de propagande inégalé.

Des groupes parlementaires et d’élus du Parti communiste fonctionnent dans la majorité des régions, districts et municipalités. Des représentants du parti – Potomsky et Levtchenko – dirigent les régions d’Orel et Irkoutsk. Le premier d’entre eux est situé au cœur du tchernoziom russe, et le second est la porte d’entrée de la Russie vers la Chine et la Mongolie, possède une industrie développée et de vastes ressources naturelles. Le communiste Lokot a été élu maire de la troisième plus grande ville en Russie – Novossibirsk. Malgré la crise économique, nos représentants dans les organes exécutifs obtiennent de grands succès.

Des élections se tiendront le 18 septembre à la chambre basse du parlement russe – la Douma d’Etat. Nous allons à ces élections avec une solide équipe de professionnels. Le Parti communiste a mis au point un programme de développement du pays qui garantit la sortie de la crise économique et sociale. Ce programme, nous allons faire tout notre possible pour le faire parvenir à chaque électeur, jusqu’au fin fond des campagnes.

Le Parti communiste n’a pas seulement l’ambition de conserver son statut de principale force d’opposition en Russie. Je crois que la prochaine élection est l’occasion pour toutes les forces nationales-patriotiques de s’unir autour d’un programme de relance à grande échelle de notre pays. Nous voulons obtenir un tel résultat, qui nous permettra de mettre en œuvre notre programme anti-crise. Pour ce faire, il faut atteindre un nouvel équilibre des forces dans la Douma d’État, afin de former un gouvernement de confiance nationale.

À cet égard, un bon exemple dans l’histoire moderne de la Russie est le gouvernement Primakov-Maslyukov créé sur notre initiative. En un temps record, il a réussi à surmonter les conséquences désastreuses du défaut de 1998. Aujourd’hui, il est urgent de constituer un gouvernement de centre-gauche, qui mette en pratique le programme de sortie du pays de la crise. Notre programme anti-crise implique la restauration de la souveraineté économique de la Russie, pour qu’elle échappe au contrôle du grand capital occidental. Dans le même temps, nous cherchons à renforcer les relations économiques extérieures en direction de l’est. À notre avis, cela va contribuer au développement des régions éloignées de la Russie et servira de bonne base pour un rapprochement avec la Chine – notre partenaire stratégique.

– Le Parti communiste est un parti d’opposition. Vous critiquez vivement de nombreux aspects de la politique intérieure, mais soutenez la politique étrangère. Comme avez-vous construit vos relations personnelles avec le président russe Vladimir Poutine ?

 

– Tout d’abord je tiens à préciser un point. Nous ne critiquons pas des aspects ponctuels des politiques socio-économiques libérales du gouvernement Medvedev. Nous rejetons ce cours entièrement. Nous estimons qu’il a mené le pays dans une impasse et sa continuation est lourde de graves conséquences pour la Russie. Le bloc économique du gouvernement défend en réalité des intérêts non nationaux, et sert de courroie de transmission à une influence occidentale destructrice.

Cette politique libérale entre aujourd’hui en conflit avec la politique étrangère active de la Russie. Notre pays doit défendre ses intérêts, à l’heure où l’Occident dirigé par les États-Unis tente d’isoler la Russie et provoque des tensions sur nos frontières. La Chine connaît, par exemple, une situation semblable en mer de Chine du Sud, où des navires de la Septième Flotte US viennent faire de la provocation. Au même moment, leur Sixième Flotte viole effrontément la Convention de Montreux, essayant de s’installer en Mer Noire au large des côtes russes. Quant à l’Europe de l’Est, les colonnes blindées de l’OTAN y organisent régulièrement leurs marches de démonstration.

Le Parti communiste en général approuve les efforts de notre service diplomatique, qui tente de contrecarrer la politique étrangère américaine aventureuse. Mais en même temps, notre parti comprend que pour lutter efficacement contre l’agression de l’impérialisme il faut des arrières solides. Ce qui était le cas de l’Union soviétique au cours de la lutte contre le fascisme allemand et le militarisme japonais. Sans changement décisif de la politique socio-économique, il sera difficile de compter sur le succès de la politique étrangère.

Les communistes russes croient que la politique libérale du gouvernement actuel ne reflète pas les aspirations des masses : ouvriers, paysans, intellectuels, petites et moyennes entreprises, jeunes et retraités. La politique financière et économique libérale ne cesse de détruire le complexe économique du pays, établit le droit des oligarques à décider du sort de la Russie, le met dans une dépendance économique vis-à-vis de l’Ouest. Nous pensons que cette ligne est en profonde contradiction avec la politique étrangère effectuée par le président Poutine. Elle implique la protection des intérêts nationaux de la Russie et l’opposition à l’hégémonie américaine dans le monde.

Avec Poutine, j’ai noué des relations de travail solides et sereines. Cependant, le Parti communiste souligne constamment le fait que les activités du pouvoir central en Russie sont pleines de contradictions. Le cours socio-économique actuel, nous n’en sommes absolument pas satisfaits. Tout cela fait partie des mêmes politiques de Yeltsin-Gaïdar des années 1990. Elles sont inacceptables pour nous, de même que la propagande antisoviétique débridée.

En d’autres termes, la direction de la Russie n’est pas homogène. Elle se compose de forces divergentes. Dans le cadre de cet équilibre complexe, le Parti communiste cherche à obtenir que les tendances patriotiques prennent le dessus. C’est ce que visent mes rencontres personnelles avec Poutine et avec les membres du gouvernement actuel.

– Vous avez été à plusieurs reprises en Chine et avez rencontré le président chinois Xi Jinping. Comment évaluez-vous la nature des relations entre le Parti communiste russe et le Parti communiste chinois ?

 

– Vous avez absolument raison de noter le caractère long et durable de notre relation avec le Parti communiste chinois. Avec le camarade Xi Jinping, nous avons fait connaissance avant qu’il devienne président de la République populaire de Chine. Même alors, j’ai remarqué son ouverture d’esprit, son approche réfléchie et sobre des questions les plus complexes de la politique, de l’économie, de la sphère idéologique.

Xi Jinping fait partie des hommes d’Etat les plus influents de l’ère moderne. Ces personnes ne sont pas seulement en mesure de comprendre le contenu de l’étape actuelle du développement humain, mais aussi de prédire la direction de ce développement. Il cherche à profiter de l’occasion historique au nom de la stabilité et de la prospérité de la Chine, pour la réalisation du rêve de la Chine d’un monde harmonieux.

Les communistes russes ont depuis longtemps des liens fraternels avec leurs camarades chinois. Nous sommes liés par les années de lutte contre l’impérialisme dans les conditions de la clandestinité, le triomphe de la Grande Révolution d’Octobre, les activités conjointes du Komintern, la protection de la liberté et de l’indépendance de nos nations au cours de la Seconde Guerre mondiale, la relance économique et culturelle d’après-guerre. Aujourd’hui, nous sommes unis dans le rejet catégorique de la domination américaine dans le monde. Dans un effort pour construire un ordre mondial juste, le Parti communiste russe et le PCC renforcent activement les sympathies réciproques des citoyens des deux pays, consolidant ainsi l’amitié entre la Chine et la Russie.

Les relations entre le Parti communiste russe et le PCC ont le caractère d’un partenariat stratégique fort. Dès les années 1990 a été signé entre les deux partis un accord de coopération. Il est renouvelé régulièrement, et la relation entre nos deux partis concerne toujours plus de domaines. De jeunes dirigeants de notre Parti se rendent régulièrement en Chine pour y suivre une formation. Ils se familiarisent avec l’expérience unique de la Chine afin d’appliquer ces connaissances dans leur pays d’origine. Nos partis échangent en permanence des informations pour développer une vision commune sur les questions les plus importantes de l’ordre du jour, tant bilatérales qu’internationales.

Aujourd’hui, les relations entre les deux partis entrent dans une nouvelle étape. Nous avons signé un Mémorandum de coopération interpartis. Nous développons les échanges de délégations. Le Parti communiste russe étudie attentivement les meilleures pratiques du PCC dans le domaine de l’économie, des programmes sociaux et humanitaires, dans le domaine de la construction du parti. Les communistes russes diffusent largement les succès et les réalisations de la Chine parmi les citoyens russes. Le journal « Pravda », la chaîne du Parti communiste « Ligne rouge », nos autres sites couvrent régulièrement la vie de la République populaire de Chine.

Le Parti communiste et le PCC considèrent comme inacceptables les tentatives de falsifier l’histoire, en particulier la Seconde Guerre mondiale et ses résultats. Un symbole de la proximité de nos pays a été le 70e anniversaire de la victoire sur le fascisme allemand et le militarisme japonais. Les troupes chinoises ont pris part à la parade du 9 mai sur la Place Rouge, et le grand défilé du 3 septembre à Pékin a été marqué par la présence des dirigeants russes.

Quelques jours plus tard, le 26 septembre à Khabarovsk, se sont déroulés des événements festifs, organisés par le Parti communiste russe et le Parti communiste de Chine. Ensemble, nous avons tenu une conférence « 70 ans de la Victoire commune. Contribution historique et rôle de l’Union soviétique et de la Chine lors de la Seconde Guerre mondiale contre le fascisme ». Après son achèvement, des artistes chinois et russes ont donné un magnifique concert. Nous avons accueilli une importante délégation du Comité central du PCC, dirigé par le membre du Politburo, secrétaire du Comité central du Parti, le camarade Liu Qibao.

Je suis convaincu que ces activités doivent être poursuivies sur une base régulière. En général, nous sommes prêts à développer davantage le riche potentiel de coopération entre nos deux partis, y compris dans l’intérêt des relations bilatérales entre la Russie et la Chine.

– Aujourd’hui, de nombreux experts occidentaux prédisent à l’économie chinoise un « atterrissage brutal ». Que pensez-vous de ce genre de prévisions ? Quelles sont, à votre avis, les perspectives de la construction de la « société de prospérité moyenne » de la Chine ?

 

– Vous savez, nous ne pouvons que sourire quand certains « experts de canapé » se réjouissent de la « crise en Chine ». Il est nécessaire de bien connaître la situation réelle. La croissance de l’économie de la Chine a été de 7% l’an dernier, alors que dans l’UE c’est moins de 2% et aux Etats-Unis – un peu plus de 2%, et en Russie on a une croissance négative. Donc, clamer sur les toits l’effondrement à venir de l’économie de la Chine, est pour ne pas dire plus, ridicule. Bien sûr, en raison de la crise mondiale, la Chine connaît quelques difficultés, mais je suis sûr qu’elles ne sont que temporaires, ce sont des « maladies de croissance ».

Je pense que la Chine a toutes les raisons d’avoir confiance dans un avenir meilleur. Les communistes chinois ont soigneusement étudié l’expérience de notre pays, y compris l’époque de Gorbatchev avec sa « perestroïka » et l’effondrement de l’URSS. Le PCC essaie de ne pas répéter les erreurs commises par nous. Pour ce qui concerne l’économie en Chine, elle est considérée comme un système très complexe qui ne permet pas le volontarisme et l’aventurisme. Toutes les étapes sont prises après une analyse approfondie des conséquences possibles. Il est possible d’assurer la continuité et la puissance, et les réformes sans se jeter dans les extrêmes.

Les communistes de Chine ont combiné le marxisme-léninisme avec le socialisme aux caractéristiques chinoises, la réglementation gouvernementale et les opportunités du marché. Contrairement aux libéraux russes, les dirigeants chinois ne comptent pas sur l’omnipotence de la « main invisible du marché ». Ils ont trouvé un rapport maîtrisé entre des formes de propriété, État, collective et la propriété privée, sans supprimer le contrôle de l’État dans l’une quelconque de ces zones.

Il convient de souligner que l’économie de la Chine n’est pas basée sur les matières premières. On observe une croissance rapide des machines-outils, des avions, de l’automobile. Le système éducatif chinois est aussi en plein développement. Il n’est pas surprenant qu’en seulement deux décennies, la Chine soit passée d’un pays à prédominance agraire au rôle de locomotive de l’économie mondiale. Le niveau de vie augmente. Les garanties sociales s’améliorent. Le système de retraites se développe. On assiste à des réalisations fantastiques dans le domaine culturel et spirituel. L’Empire céleste a accompli sa percée dans l’espace, il obtient de grands succès dans la science et le sport.

Je me souviens bien de ma première visite à Shanghai il y a plus de vingt ans. C’était une ville grande, mais pauvre, avec des rues et des cabanes étroites. Maintenant, elle est devenue une gigantesque métropole, avec des gratte-ciel magnifiques et un grand développement des infrastructures urbaines. Qu’il suffise de dire que le nombre de stations de métro se monte à près de 400 !

Et tout cela est le mérite direct du Parti communiste et du gouvernement chinois. Voilà pourquoi je suis sûr que « l’atterrissage brutal » de l’économie de la Chine n’est pas pour demain. Le peuple chinois, sage et travailleur, continuera à suivre fermement la voie du progrès socio-économique, culturel, scientifique et technologique, le développement global du socialisme aux caractéristiques chinoises, la construction d’une société modérément prospère.

À mon avis, parler « d’atterrissage brutal » n’a rien à voir avec des prévisions. C’est plutôt le souhait et le but de certains. En effet, Washington a beaucoup de mal à admettre l’affaiblissement de sa position dominante dans l’économie et la politique mondiale. Et la Chine repousse de plus en plus activement les Américains. Bien sûr, le capital occidental va se battre pour maintenir sa domination. Il utilise, comme nous l’avons vu, tous les moyens, y compris militaires. Toutefois, en ce qui concerne la République populaire de Chine, ainsi que la Russie, la pression militaire n’a pas beaucoup d’effet. Par conséquent, la guerre économique et la propagande continueront d’être utilisées à l’encontre de nos pays. Il est bien évident par exemple que le Traité Trans-Pacifique créé par les États-Unis revêt un caractère anti-chinois et anti-russe.

Il est très probable que les cercles dirigeants des États-Unis vont essayer dans un avenir proche de renforcer leur politique anti-chinoise de manière radicale. Et cette politique est bien connue. Elle crée artificiellement des facteurs économiques externes défavorables pour la Chine. Les États-Unis créent des blocs économiques fermés et imposent des droits de douane élevés sur les importations de nombreux types de produits chinois. Washington entrave l’investissement libre des entreprises chinoises à l’étranger et essaye d’isoler la Chine de sources étrangères de matières premières. Ces mesures franchement hostiles envers le peuple chinois constituent la trame générale de la politique des globalistes américains.

Dans ces conditions d’aggravation de la crise économique mondiale, une base fiable pour le développement stable de l’économie chinoise peut devenir l’autonomie, la demande intérieure, le développement accéléré des régions de l’ouest du pays. Un rôle important peut être joué par la ceinture économique du projet Route de la soie et le développement accéléré des relations bilatérales avec les pays amis, y compris la Russie.

La Chine et la Russie sont des partenaires stratégiques. Les relations entre nos deux pays se développent sur une base d’égalité, en tenant compte des intérêts et des engagements mutuels. Le potentiel de coopération économique mutuellement bénéfique entre la Russie et la Chine est très élevé. Nos intérêts géopolitiques ont un vecteur commun. Dans le contexte de l’hégémonie américaine agressive, nous sommes obligés de mener une politique étrangère coordonnée.

Les économies de nos deux pays sont dans une large mesure complémentaire. En dépit d’une baisse temporaire du commerce bilatéral l’an dernier, au début de l’année 2016 cette tendance négative a été inversée. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires a augmenté de 3,6%. Dans le même temps, les exportations chinoises vers la Russie ont augmenté de 6,2%, tandis que les exportations russes vers la Chine – de 1,1%. Un approfondissement complet de nos relations peut être une étape importante dans la formation d’un nouvel ordre mondial fondé sur les principes de respect et de considération mutuelle des intérêts de tous ses participants.

Bien sûr, nous ne pouvons pas dire que la Chine est exempte de problèmes. Le gouvernement et le peuple chinois sont occupés à résoudre les problèmes de corruption, les contradictions entre la ville et la campagne, la pollution de l’environnement. Mais le mérite de la direction chinoise est qu’elle ne détourne pas les yeux de ces problèmes et cherche à les résoudre. À cet égard, je suis convaincu que le 13e plan quinquennal récemment adopté par la Chine sera accompli avec succès. Sera atteint également l’objectif principal du plan – la création pour 2020 d’une « société de prospérité moyenne ».

Je crois que la Chine d’aujourd’hui a toutes les raisons d’être optimiste quant à l’avenir. Je crois que pour le centenaire de la formation du PCC, votre pays sera en mesure non seulement d’appliquer pleinement toutes les décisions pour la construction d’une société modérément prospère, mais aussi permettra d’atteindre de nouvelles victoires spectaculaires dans le développement du socialisme aux caractéristiques chinoises.

Nous, les communistes russes, suivons de près le développement de la Chine, et nous réjouissons avec vous de toutes vos réalisations. Je souhaite sincèrement au peuple chinois la plus grande réussite dans la réalisation de ses objectifs !


jeudi 4 mai 2017

Élections législatives en Algérie: les communistes choisissent la lutte



Au lendemain de son indépendance gagnée au prix du lourd sacrifice d’une guerre meurtrière de 7 ans (1954 – 1962), l’Algérie devient une terre d’accueil pour les mouvements de lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et contre le racisme. C’est ainsi qu’on y retrouve, tout au long des années 1960-1970, des membres des Black Panthers côtoyant, dans la casba d’Alger la blanche devenue «la rouge», des fedayins palestiniens et omanais ou encore des Viêt-Namiens luttant pour la l’unification de leur patrie. Cette réputation a même fait écho au Québec puisque, en 1970, les terroristes du FLQ ont tenté, en vain, d’y être accueillis.



Aujourd’hui pourtant, cette ferveur révolutionnaire algérienne n’est qu’un passé lointain, presque illusoire. S’il est vrai que l’Algérie a décrété un deuil national de 8 jours à la mort de Fidel Castro, il reste que la République algérienne «démocratique et populaire» ne l’est plus que par son nom officiel. À partir des années 1980, les mesures populaires (réforme agraire et nationalisations) et l’orientation anti-impérialiste du gouvernement algérien sont renversées et le tapis rouge se déploie peu à peu pour l’introduction de mesures libérales. Le gouvernement du Front de libération national, en quête de légitimité, utilise la marotte des fascistes islamistes du Front islamique du salut (FIS) pour répondre à la grogne populaire. S’en suit une période de troubles politiques, voire de guerre civile (la décennie noire) qui force le gouvernement à instaurer l’état de siège de 1992 à 2011 (alors que les violences entre l’armée gouvernementale et le FIS cessent vers 2000).



La crise économique, la baisse des cours du baril de pétrole et du gaz sont utilisés comme prétexte pour faire payer encore plus les travailleurs et mettre à mal ce qu’ils ont gagné au prix de nombreux sacrifices. Les salaires sont gelés depuis 4 ans alors que les prix des biens de consommation courants ont augmenté de 20%. Le chômage, en particulier chez les jeunes, atteint des sommets. La classe dirigeante, quant à elle, attribue le déficit budgétaire aux dépenses sociales trop importantes et s’active à soutenir les solutions-miracles du FMI, soit la privatisation à outrance, ce qui fait le bonheur de la bourgeoisie algérienne corrompue, parasite et réactionnaire.



 Le racisme, notamment contre les réfugiés africains, et le soutien tacite mais réel  aux mouvements séparatistes du M’zab et de Kabylie par le régime permettent de disperser la contestation populaire.



C’est dans ce contexte hostile que le peuple algérien est appelé aux urnes aujourd’hui, le 4 mai 2017, pour élire ses représentants aux législatives. Les communistes algériens, rassemblés au sein du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (non-reconnu par le gouvernement), mettent en garde les travailleurs et les masses populaires contre les fausses solutions que représentent les partis soi-disant de l’opposition et le boycott total des élections, qui aide de facto les islamistes.



Dans une déclaration publiée le 2 mai sur son site internet, le PADS souligne en premier lieu le contexte général dans lequel sont organisées ces élections législatives ainsi que le «verrouillage de la vie politique pour empêcher les forces représentatives des travailleurs et des masses laborieuses de s'organiser et de s'exprimer librement. Le régime a mis en place depuis des années une démocratie de façade qui ne permet qu'aux forces de l'argent, de la corruption, aux partis bourgeois reconnus - au pouvoir ou dans l'opposition - de jouir de la légalité et d'imposer leur monopole sur les organes législatifs ou exécutifs locaux ou nationaux. La mascarade démocratique se joue également derrière une multitude de partis fabriqués par le régime pour faire croire à l'existence du multipartisme.»



L’issue de cette «mascarade» est connue d’avance : les principaux partis au pouvoir, aidés des islamistes, «ont tout mis en place pour reconduire leur hégémonie dans le prochain parlement». L’opposition, quant à elle, joue un rôle de rabatteur et ne critique le pouvoir que pour des questions de gouvernance. Le PADS met également en garde contre le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune qui, depuis 20 ans, adopte un semblant de rhétorique radicale mais, dans les faits, a soutenu la ligne de Bouteflika (Président de la République depuis 1999).  Ainsi, «la bourgeoisie n'a aucune raison de s'inquiéter au vu des programmes de tous ces partis.»



D’autres partis ont appelé au boycott des élections. En tête de ceux-ci, le Front islamique du salut (FIS) adopte cette tactique depuis 1992. «Il attend le moment propice pour reprendre l'offensive, imitant la stratégie morbide mise en application par les groupes islamistes syriens ouvertement soutenus ou créés par l'impérialisme : Front en-Nosra, Daech, etc.» Pour le PADS, il ne fait aucun doute que «ces partis boycotteurs jouent consciemment le rôle de chevaux de Troie de l'ingérence des États impérialistes» et qu’ils «peuvent compter sur des alliés internes dans le pouvoir et l' "opposition"».



En effet, l’Algérie est confrontée à une situation géopolitique complexe où les pressions grandissantes des puissances impérialistes européennes et leurs laquais, en particulier le Royaume du Maroc, pour que la patrie de Messali Hadj et de Maurice Audin abandonne toute politique étrangère indépendante, puis privatise le secteur pétrolier et gazier pour qu’ils puissent en prendre contrôle. Ces pressions ne se résument d’ailleurs pas à des tractations économiques, politiques ou diplomatiques, mais présentent un aspect militaire. En effet, le Roi Mohammed VI du Maroc, désireux de refaire l’Empire chérifien,  pousse vers une confrontation militaire entre le Maroc et l’Algérie par interposition du Sahara Occidental, dernière colonie africaine occupée par le Maroc.



Le pouvoir algérien sait depuis longtemps tirer profit de cette situation. Pour le gouvernement, toute opposition est assimilée à une profession de foi en faveur de l’ingérence étrangère (alors que lui-même livre sur plateau d’argent des secteurs entiers de l’économie algérienne aux pétromonarchies du Golfe). Pour une partie de l’opposition, il est facile de faire croire, considérant le mécontentement populaire, qu’un rapprochement avec la France et surtout avec les États-Unis ferait partie de la solution.




Dans cette situation, la démobilisation des masses populaires et de la classe ouvrière est grande. Toutefois, soulignant que les «libertés démocratiques s’arrachent pas à pas», les communistes algériens voient une lueur d’espoir avec la possibilité de présenter des candidats indépendants aux législatives. «La formule des listes indépendantes peut permettre d'ouvrir des brèches dans les barrages qu’il a érigés. Mais il faut accumuler pour cela des forces dans le feu des luttes sociales et politiques de chaque jour.» Celle-ci n’a cependant pas été utilisée par les communistes algériens qui estiment que la rupture viendra par les luttes.



Pour ces élections législatives, il ne reste comme option que le vote blanc. «Dans la liste des candidats à ces législatives on ne trouve aucun parti ni aucun indépendant résolument anticapitaliste et porteur de l'alternative révolutionnaire du socialisme. Il n’y a pas même de partis qui, sans être socialiste, défendrait les libertés démocratiques.»


L’accent est donc mis sur les luttes sociales, notamment auprès des ouvriers, des masses populaires, de la jeunesse et des petits paysans. Ces dernières années d’ailleurs, de nombreuses mobilisations notamment auprès de petits paysans à qui l’État tente de retirer les terres, ont permis au PADS et à ses alliés de consolider quelques forces qui seront mobilisées avant, pendant et après ces élections pour porter haut et fort la voix des exploités.

lundi 1 mai 2017

Premier mai 2017: honorant notre passé, nous construisons notre avenir socialiste!

Déclaration du Comité exécutif central de la Ligue de la jeunesse communiste du Canada à l'occasion de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs. 


La journée internationale des travailleuses et des travailleurs est l'occasion de célébrer et mettre de l'avant nos luttes comme faisant partie du combat permanent pour l'émancipation de la classe ouvrière à travers le monde. Présentement les crises économique, environnementale et sociale du capitalisme attisent la fuite en avant de l'impérialisme, les guerres et la réaction.
Le marasme de la situation internationale force la jeunesse à accepter des vies de misère, de pauvreté, des emplois précaires, le chômage, la migration, la criminalisation et les empêche d'accéder à l'éducation. La jeunesse à travers le monde réclame son droit à un présent et à un avenir digne et prospère. Ce droit lui est refusé par le système capitaliste mondial, qui concentre toutes les ressources de la société dans les mains d'une minorité qui ne s'en sert que pour générer plus de profits. C'est un droit qui sera acquis par les luttes et la solidarité contre l'impérialisme par la jeunesse du monde.
Confrontés à l'horreur de la pauvreté, le capitalisme nous provoque avec la richesse privée : David Thomson et Galen Weston, les deux Canadiens les plus fortunés, possèdent plus que 11 millions de Canadiens ensemble.
Nous sommes confrontés l'escalade des guerres impérialistes à travers le monde, avec le gouvernement canadien et l'OTAN comme complices. Nous les voyons à l'oeuvre en Irak, en Ukraine et dans les États baltes où les forces militaires canadiennes sont présentes ainsi qu'en Afrique où le gouvernement promet de déployer des effectifs « quelque part ». Canada est aussi complice du danger d'agression impérialiste en Palestine, en Corée, au Yémen, en Iran et au Venezuela. Cette situation internationale dangereuse et macabre, nous devons bâtir un mouvement de masse pour la paix capable de promouvoir une politique étrangère indépendante basée sur la paix et la solidarité internationale.
En plus de la guerre, l'impérialisme est incapable de se départir des énergies fossiles et notre gouvernement, qui insiste sur l'importance de construire des oléoducs et d'étendre l'industrie des sables bitumineux compromet l'habitabilité de notre planète. Il est maintenant temps de s'organiser pour un changement systémique et contre les changements climatiques.
L'insécurité économique grandissante combinée aux plans islamophobes et belliciste s promus par les médias corporatifs ont créé une situation où plusieurs sont devenus susceptibles aux idéologies réactionnaires. À l'origine de cette situation, la crise du capitalisme a fait en sorte que certaines sections de la classe dirigeante ont abandonné les idées libérales bourgeoises et à se lier aux mouvements d'extrême-droite et fascistes. L'élection de Donald Trump comme Président des États-Unis a à la fois été aidée par la montée de l'extrême-droite et a aussi encouragé ces mouvements. Ceci est également reflété au Canada, qui a sa propre histoire de racisme créée par le colonialisme à l'égard des peuples et des territoires autochtones ainsi que par l'oppression systémique des communautés racisées.
Le besoin d'une large unité dans l'action contre l'extrême-droite est urgent. Nous ne pouvons toutefois pas abandonner notre lutte contre le système qui génère le fascisme, la guerre et la réaction : le capitalisme.
La jeunesse au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde répliquent au sein de la résistance de la classe ouvrière contre les crises du capitalisme. À travers l'Amérique du Nord, les travailleurs précaires et à bas salaires, souvent jeunes, se mobilisent pour un salaire minimum à 15$ l'heure et pour mettre fin aux salaires de misère. Des étudiants et étudiantes de pas moins de 40 villes du Canada (dont Montréal) se sont réunis pour organiser la Journée d'action pan-canadienne pour l'éducation gratuite, demandant le droit d'accès à l'éducation post-secondaire et le renversement de la tendance à la privatisation de l'enseignement. Les jeunes travailleur-euse-s et étudiant-e-s ont souvent dirigé la résistance à la montée de l'extrême-droite ces derniers mois en demandant que plus personne ne soit victime de la violence suprématiste blanche après l'attentat islamophobe de Ste-Foy. Nous nous sommes également opposés aux mobilisations d'extrême-droite. Nous avons demandé que les réfugiés soient tous et toutes accueillis et que les lois canadiennes racistes sur l'immigration soient réformées en conséquence. Ces luttes, comme plusieurs autres, montrent que les jeunes sont dans le feu de l'action et qu'il est possible de construire et renforcer la riposte contre l'exploitation et l'oppression du système capitaliste.
Cette année, le 1er mai est célébré quelques semaines avant que les jeunes communistes de partout au Canada se rencontrent dans le cadre de notre 27e Congrès central, tenu sous le slogan «Il est maintenant temps de s'organiser contre l'impérialisme et la réaction. Honorant notre passé, nous construisons notre avenir socialiste». Honorer notre passé, c'est souligner que cette année marque le 100e anniversaire de la Révolution russe où, pour la première fois, les travailleurs et les travailleuses ont triomphé de l'impérialisme et construit une société socialiste, montrant qu'un autre monde n'est pas seulement nécessaire, mais possible.
Célébrer la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs fait aussi partie de la célébration de notre passé. Nous nous souvenons que la première célébration du 1er mai s'inscrivait dans la lutte pour la journée de travail de 8 heures, pour la paix et pour le socialisme. Aujourd'hui, c'est avec fierté que nous commémorons l'histoire de résistance de la classe ouvrière contre le capitalisme et que nous aspirons à triompher de l'impérialisme pour bâtir un monde de paix et de solidarité.