dimanche 1 juillet 2012

Bolivie : Le meurtre d’une conseillère municipale indigène, crime politique ou sexiste ?

Ecrit par Pablo Andres Rivero · Traduit par Pauline Ratzé
Global Voices 

 [Sauf mention contraire, les liens de ce billet redirigent vers des pages en espagnol]

Suite au meurtre de Juana Quispe, la société civile bolivienne et de nombreuses organisations du pays réitèrent leur appel auprès de l'Assemblée Plurinationale (le Parlement) pour que celle-ci vote la loi contre le harcèlement et les violences sexistes en politique.

Juana Quispe, femme indigène et, depuis 2010, membre du Conseil d'Ancoraimes, une commune rurale proche d'El Alto, faisait elle-même activement la promotion de la loi en question.

Elle appartenait à la Federación Pueblo Indígena, un mouvement politique opposé au MAS [FR], le parti au pouvoir. Cet engagement lui avait valu d'être la cible d'un harcèlement politique avant d'être assassinée en mars 2012. Un mois seulement avant sa mort, Juana Quispe avait réussi à récupérer ses droits politiques, entravés par les membres du MAS peu après son élection.

En novembre 2010 déjà, le site Enlared dénonçait le harcèlement dont Juana Quispe était victime :
La conseillère Juana Quispe Apaza, de la Federación Pueblo Indígena, a indiqué à Enlared-Onda Local, que depuis son élection, le 30 mai dernier, il lui a été interdit de participer aux sessions du Conseil et que, à plusieurs reprises, il lui a été demandé de renoncer à son siège.
[…]
Face à cette situation, elle expliquait vouloir initier une action en justice pour non-respect d’une décision juridique.
« Je vais continuer à lutter, pour les femmes, pas seulement pour moi. Nous sommes très silencieuses. Moi-même, je me suis tue pendant de longs mois. Maintenant, j'ai la force de me faire entendre, disait-elle ».
Dans le même article, nous pouvions aussi lire :
Ce cas n'est pas unique. Noemí Nina Chávez, conseillère du MAS dans la commune de Licoma (La Paz), dénonce avoir été discriminée par les habitants parce qu'elle était sans formation et mère célibataire.
« Une fois, lors du défilé du 16 juin, je n'avais personne pour garder mon bébé et j'ai donc dû l'emmener avec moi. Les gens m'ont critiquée. Ils m'ont demandé comment j'osais porter ainsi mon bébé vu mon mandat, raconte-t-elle. »
Global Voices publiait récemment un billet au sujet d'un rapport de Periodismo Humano dans lequel nous pouvions lire qu'en Bolivie « être une femme indigène est l'une des pires choses qui peut vous arriver ». Comme le souligne le blogueur Eduardo Bowles, en parlant du même rapport, « cette tragédie se reflète parfaitement dans la vie de Juana Quispe ».

Jusqu’à présent, les autorités boliviennes n’ont pas réussi à faire la lumière sur le meurtre de Juana Quispe. Toutefois, beaucoup craignent qu’elle ait été réduite au silence pour des motifs politiques. Dans un communiqué officiel, ONU-Femmes déclare :
Nous sommes profondément inquiets de la possibilité que ce drame soit un cas de violence sexiste en politique, comme le laissent penser les premières investigations menées par les forces spéciales de lutte contre la criminalité.
Click Genero, un blog dédié aux questions de genre, commente ainsi le projet de loi :
Après une étude réalisé en 2011, la Red-Ada (réseau national des travailleurs de l’information et de la communication), conclut qu’à Sucre, La Paz, Beni et El Alto, 27 % des femmes occupant des postes publiques « ont peur et se taisent ».
« Les violences politiques sont des actions qui vont à l’encontre de l’intégrité physique des personnes. La peur des enlèvements ou des coups les font démissionner et ces situations ne sont pas dénoncées. »
Le CIDEM, centre pour l’information et le développement des femmes, rapporte :
Durant l’année 2010 et les mois de janvier et février 2011, 249 femmes ont été assassinées et 154 de ces morts violentes sont des cas de féminicides.
L'État doit prendre des mesures urgentes pour garantir que des enquêtes appropriées soient menées en temps et en heure afin que ces violences ne restent pas impunies.



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