jeudi 4 mai 2017

Élections législatives en Algérie: les communistes choisissent la lutte



Au lendemain de son indépendance gagnée au prix du lourd sacrifice d’une guerre meurtrière de 7 ans (1954 – 1962), l’Algérie devient une terre d’accueil pour les mouvements de lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et contre le racisme. C’est ainsi qu’on y retrouve, tout au long des années 1960-1970, des membres des Black Panthers côtoyant, dans la casba d’Alger la blanche devenue «la rouge», des fedayins palestiniens et omanais ou encore des Viêt-Namiens luttant pour la l’unification de leur patrie. Cette réputation a même fait écho au Québec puisque, en 1970, les terroristes du FLQ ont tenté, en vain, d’y être accueillis.



Aujourd’hui pourtant, cette ferveur révolutionnaire algérienne n’est qu’un passé lointain, presque illusoire. S’il est vrai que l’Algérie a décrété un deuil national de 8 jours à la mort de Fidel Castro, il reste que la République algérienne «démocratique et populaire» ne l’est plus que par son nom officiel. À partir des années 1980, les mesures populaires (réforme agraire et nationalisations) et l’orientation anti-impérialiste du gouvernement algérien sont renversées et le tapis rouge se déploie peu à peu pour l’introduction de mesures libérales. Le gouvernement du Front de libération national, en quête de légitimité, utilise la marotte des fascistes islamistes du Front islamique du salut (FIS) pour répondre à la grogne populaire. S’en suit une période de troubles politiques, voire de guerre civile (la décennie noire) qui force le gouvernement à instaurer l’état de siège de 1992 à 2011 (alors que les violences entre l’armée gouvernementale et le FIS cessent vers 2000).



La crise économique, la baisse des cours du baril de pétrole et du gaz sont utilisés comme prétexte pour faire payer encore plus les travailleurs et mettre à mal ce qu’ils ont gagné au prix de nombreux sacrifices. Les salaires sont gelés depuis 4 ans alors que les prix des biens de consommation courants ont augmenté de 20%. Le chômage, en particulier chez les jeunes, atteint des sommets. La classe dirigeante, quant à elle, attribue le déficit budgétaire aux dépenses sociales trop importantes et s’active à soutenir les solutions-miracles du FMI, soit la privatisation à outrance, ce qui fait le bonheur de la bourgeoisie algérienne corrompue, parasite et réactionnaire.



 Le racisme, notamment contre les réfugiés africains, et le soutien tacite mais réel  aux mouvements séparatistes du M’zab et de Kabylie par le régime permettent de disperser la contestation populaire.



C’est dans ce contexte hostile que le peuple algérien est appelé aux urnes aujourd’hui, le 4 mai 2017, pour élire ses représentants aux législatives. Les communistes algériens, rassemblés au sein du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (non-reconnu par le gouvernement), mettent en garde les travailleurs et les masses populaires contre les fausses solutions que représentent les partis soi-disant de l’opposition et le boycott total des élections, qui aide de facto les islamistes.



Dans une déclaration publiée le 2 mai sur son site internet, le PADS souligne en premier lieu le contexte général dans lequel sont organisées ces élections législatives ainsi que le «verrouillage de la vie politique pour empêcher les forces représentatives des travailleurs et des masses laborieuses de s'organiser et de s'exprimer librement. Le régime a mis en place depuis des années une démocratie de façade qui ne permet qu'aux forces de l'argent, de la corruption, aux partis bourgeois reconnus - au pouvoir ou dans l'opposition - de jouir de la légalité et d'imposer leur monopole sur les organes législatifs ou exécutifs locaux ou nationaux. La mascarade démocratique se joue également derrière une multitude de partis fabriqués par le régime pour faire croire à l'existence du multipartisme.»



L’issue de cette «mascarade» est connue d’avance : les principaux partis au pouvoir, aidés des islamistes, «ont tout mis en place pour reconduire leur hégémonie dans le prochain parlement». L’opposition, quant à elle, joue un rôle de rabatteur et ne critique le pouvoir que pour des questions de gouvernance. Le PADS met également en garde contre le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune qui, depuis 20 ans, adopte un semblant de rhétorique radicale mais, dans les faits, a soutenu la ligne de Bouteflika (Président de la République depuis 1999).  Ainsi, «la bourgeoisie n'a aucune raison de s'inquiéter au vu des programmes de tous ces partis.»



D’autres partis ont appelé au boycott des élections. En tête de ceux-ci, le Front islamique du salut (FIS) adopte cette tactique depuis 1992. «Il attend le moment propice pour reprendre l'offensive, imitant la stratégie morbide mise en application par les groupes islamistes syriens ouvertement soutenus ou créés par l'impérialisme : Front en-Nosra, Daech, etc.» Pour le PADS, il ne fait aucun doute que «ces partis boycotteurs jouent consciemment le rôle de chevaux de Troie de l'ingérence des États impérialistes» et qu’ils «peuvent compter sur des alliés internes dans le pouvoir et l' "opposition"».



En effet, l’Algérie est confrontée à une situation géopolitique complexe où les pressions grandissantes des puissances impérialistes européennes et leurs laquais, en particulier le Royaume du Maroc, pour que la patrie de Messali Hadj et de Maurice Audin abandonne toute politique étrangère indépendante, puis privatise le secteur pétrolier et gazier pour qu’ils puissent en prendre contrôle. Ces pressions ne se résument d’ailleurs pas à des tractations économiques, politiques ou diplomatiques, mais présentent un aspect militaire. En effet, le Roi Mohammed VI du Maroc, désireux de refaire l’Empire chérifien,  pousse vers une confrontation militaire entre le Maroc et l’Algérie par interposition du Sahara Occidental, dernière colonie africaine occupée par le Maroc.



Le pouvoir algérien sait depuis longtemps tirer profit de cette situation. Pour le gouvernement, toute opposition est assimilée à une profession de foi en faveur de l’ingérence étrangère (alors que lui-même livre sur plateau d’argent des secteurs entiers de l’économie algérienne aux pétromonarchies du Golfe). Pour une partie de l’opposition, il est facile de faire croire, considérant le mécontentement populaire, qu’un rapprochement avec la France et surtout avec les États-Unis ferait partie de la solution.




Dans cette situation, la démobilisation des masses populaires et de la classe ouvrière est grande. Toutefois, soulignant que les «libertés démocratiques s’arrachent pas à pas», les communistes algériens voient une lueur d’espoir avec la possibilité de présenter des candidats indépendants aux législatives. «La formule des listes indépendantes peut permettre d'ouvrir des brèches dans les barrages qu’il a érigés. Mais il faut accumuler pour cela des forces dans le feu des luttes sociales et politiques de chaque jour.» Celle-ci n’a cependant pas été utilisée par les communistes algériens qui estiment que la rupture viendra par les luttes.



Pour ces élections législatives, il ne reste comme option que le vote blanc. «Dans la liste des candidats à ces législatives on ne trouve aucun parti ni aucun indépendant résolument anticapitaliste et porteur de l'alternative révolutionnaire du socialisme. Il n’y a pas même de partis qui, sans être socialiste, défendrait les libertés démocratiques.»


L’accent est donc mis sur les luttes sociales, notamment auprès des ouvriers, des masses populaires, de la jeunesse et des petits paysans. Ces dernières années d’ailleurs, de nombreuses mobilisations notamment auprès de petits paysans à qui l’État tente de retirer les terres, ont permis au PADS et à ses alliés de consolider quelques forces qui seront mobilisées avant, pendant et après ces élections pour porter haut et fort la voix des exploités.

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