jeudi 10 mai 2018

200e de Marx: L'action avant toute chose

Discours prononcé par Adrien Welsh, Secrétaire général de la Ligue de la jeunesse communiste du Canada 

À l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Karl Marx, la Ligue de la jeunesse communiste tient à souligner la contribution de ce philosophe extraordinaire, celui qui s’est donné pour défi de transformer le monde plutôt que de l’interpréter.

Peu sont les intellectuels qui comme lui peuvent compter sur une telle influence dans le monde. Aucun autre auteur de l’histoire moderne n’a su mobiliser les masses autant que lui. En leur procurant non pas des réponses toutes faites, mais en les dotant d’une méthode d’analyse, de mobilisation et d’action, Marx a outillé les classes populaires pour qu’elles puissent œuvrer elles-mêmes à leur émancipation.
Peu après la parution du Manifeste du Parti communiste en février 1848, les thèses de Marx et d’Engels se sont avérées justes : les peuples, de Paris à Budapest, de Prague à Vienne, de Berlin à la Sicile, embrasent l’Europe et se soulèvent contre la monarchie et le féodalisme dans un élan de combattivité formidable qu’on appellera le Printemps des peuples. Plus tard, en 1871, les idées de Marx inspirent grandement le soulèvement qui donnera naissance au premier embryon d’État ouvrier, la Commune de Paris.

De toutes ces luttes, de tous les soulèvements, mobilisations et grèves qui se déroulent de son vivant, Marx apprend et renforce sa théorie. Non content d’en être spectateur, il n’hésite pas sauter de plein pied dans la lutte et d’y consacrer sa vie. C’est ainsi qu’il est mandaté de diriger l’Internationale ouvrière, première tentative d’organiser et d’unir la classe ouvrière à l’échelle internationale.

Après sa mort, l’influence de ses idées n’a en rien décliné. Au contraire, les masses laborieuses continuent de se mettre en grève, de livrer une lutte classes acharné dans des conditions des plus hostiles et de s’organiser pour la révolution socialiste; révolution qui deviendra réelle en 1917 avec la victoire triomphale des Bolchéviques en Russie. De là, le marxisme passe de théorie à réalité et continue de mobiliser un nombre sans cesse plus élevé de travailleur.euses, sans compter les millions d’hommes et de femmes qui s’y sont référés pour livrer leur lutte de libération nationale.

Aujourd’hui, si le « spectre du communisme » ne hante plus l’Europe comme il y a 170 ans, il n’en demeure pas moins que la validité de la pensée marxiste, tout comme sa pratique, est plus valable que jamais. Au Canada seulement, les 100 patrons les mieux payés gagnent en moyenne 200 fois le salaire de leurs employé.es. Comme quoi, comme l’affirmait le syndicaliste français et dirigeant de la Fédération syndicale mondiale, Henri Krasucki, : « il ne suffit pas de nier la lutte de classe pour qu’elle cesse d’exister. »

Nombreux sont ceux qui, au sein même de la gauche, utilisent le prétexte du renversement du socialisme en Europe de l’Est et en URSS pour se faire défenseurs d’une version soft du marxisme de la même façon que ceux qui ont voté les crédits de guerre à l’orée de la Première Guerre mondiale ont rivalisé d’imagination pour justifier une version du marxisme où la classe ouvrière serait amenée à prendre les armes pour défendre « sa » bourgeoisie. Selon cette version très édulcorée, le marxisme ne serait qu’une théorie de philosophie politique comme une autre dont certains éléments sont à conserver tandis que d’autres, en particulier ceux qui ont trait à la pratique, à rejeter.

C’est n’avoir rien compris de Marx! C’est refuser d’admettre que Marx ait conçu sa théorie pour et à travers l’action. Dissocier le marxisme de sa pratique, en particulier de la contribution de Lénine, mais aussi du mouvement communiste en général, de ses milit.es, dirigeant.es et intellectuel.les, c’est lui tourner le dos en n’en retenant que ce qui est acceptable aux yeux de la bourgeoisie. C’est en fait accepter la lutte de classes en théorie tout en refusant de la livrer.

Jeunes communistes, nous célébrons aujourd’hui la pensée de Marx à travers nos luttes : à travers les mobilisations de la jeunesse, qu’elle soit étudiante, féministe, ouvrière, racisée ou opprimée. Nous savons à quel point tenir le drapeau rouge du socialisme contre vents et marées est une tâche ardue; mais nous avons confiance en la capacité de notre génération à bâtir un monde meilleur, exempt de toute forme d’exploitation. Nous savons aussi que 200 ans n’est qu’une poussière à l’échelle de l’histoire humaine, surtout lorsqu’il s’agit, pour la première fois dans l’Histoire, d’accomplir une révolution dans laquelle les exploités ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour renverser tous les exploiteurs à la fois. Mais nous sommes aussi conscients des dangers qui guettent notre génération. Il y a urgence, c’est pourquoi nous clamons avec vigueur et combattivité : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! »

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